Carnet de bord de Jacques

Février 2015

Contrairement au carnet principal, les archives se lisent de haut en bas...

Puerto Rico (USA)

6 février, côte ouest

Ça y est, nous quittons enfin Puerto Real !
3 semaines à attendre les pièces, les techniciens... les pièces, les techniciens... Hier, j'ai piqué ma crise: quoiqu'il arrive, nous partons demain. Pièces arrivées ou non, bateau en état ou non, je ne veux plus rester ici et attendre. Nous amarrons le bateau à la marina afin de refaire le plein d'eau et d'électricité et informons l'entreprise qui s'occupe des réparations. Ils sont estomaqués : ils ne comprennent pas que cela m'est égal de laisser sur place l'alternateur et partir sans avoir terminé les réglages du bateau. Comme par hasard, l'alternateur, le technicien moteur et l'électricien sont là en tout début de matinée. Les problèmes électriques ne sont pas résolus; la boite de vitesse a été changée et le bateau est donc de nouveau manoeuvrable, mais d'autres problèmes inquiétants se sont rajoutés : il y a de l'eau dans l'huile dans un sail-drive (engrenages qui font tourner l'hélice, situés sous la coque), et l'autre sail-drive ne fonctionne pas correctement, malgré la nouvelle transmission. Le bilan à Puerto Real n'est pas réjouissant : 3 semaines passées, des milliers de $ dépensés, le bateau toujours pas au point, et d'autres réparations très couteuses encore en vue à court terme.

Le séjour ici nous a tout de même permis de visiter Mayaguez et ses environs; nous rencontrons à Rincon, station balnéaire réputée pour ses vagues de surf, un jeune couple de retraités québécois avec qui nous discutons sur la plage. Nous passons aussi de bons moments avec l'équipage du Zébulon, catamaran français basé à Saint Martin. Nous apprécions beaucoup de parler enfin français. Et puis cela faisait longtemps que nous n'avions pas bu un vrai apéro ( du pastis !). Un saut à Boqueron, la baie voisine, très touristique et bruyante, nous permet de rencontrer Kathryn et Henry, d'Ottawa, qui voyagent à bord de leur catamaran Mahé 36. Ils nous rejoindront le lendemain à Puerto Real pour préparer leur prochaine traversée pour la République dominicaine. Au cours d'une excursion dans la mangrove entourant la baie, nous sommes aspergés de petits poissons qui sautent hors de l'eau, effrayés par le bruit du dinghy. Des milliers de poissons surgissent, certains retombent restent prisonniers dans le dinghy. Sylvain, qui se faisait tirer à l'arrière sur un kayac, se fait doucher par cette pluie de poissons.

07-08-09 février, côte sud

Depuis que nous avons quitté Puerto Real, je vis (enfin) ce que voulais vivre en croisière : faire du kite, découvrir de nouveaux endroits et rencontrer des gens sympas. Et bien c'est ce qui nous arrive maintenant! Un peu de voile (ou plutôt de moteur) le matin, lorsqu'il y a peu de vent (de face...) afin de rejoindre l'ancrage suivant. Hier, nous étions dans la baie de Cabo Rojo, l'extrémité sud-ouest de l'ile. Nous avons passé l'après-midi à visiter le parc naturel, avec ses magnifiques falaises, son phare, sa plage nichée au fond d'une petite baie et son marais salant. L'endroit,très achalandé, est une destination de choix pour le week-end pour les locaux. Un bus, style vieux tramway, emmène gratuitement les gens au phare.

Le lendemain, dimanche, nous partons tôt, afin de passer le cap Cabo Rojo et admirer les falaises à partir de la mer cette fois-ci, avec la lumière jaune particulière du matin.

Après 3 heures de navigation (beaucoup aidée des moteurs ...), à slalomer entre les cays (ilots), nous ancrons à Parguera. Tout proche, se tient la base d'un ballon radar; celui-ci est ramené lorsque le vent est trop fort et la nuit. Ce ballon, qui peut voler à haute altitude, surveille pratiquement toute la moitié ouest de l'ile de Puerto-Rico; il est donc visible de très loin.

Des dizaines d'embarcations de toutes sortes passent à côté de nous pour rejoindre quelques "cays" proche de l'ancrage. A priori, les gens qui ne vont pas au parc de Cabo Rojo, vont s'amuser dans les cays.

Stupeur : des kites à l'horizon. Aucune hésitation : tant pis pour mes blessures, je vais les rejoindre en compagnie de Rapha et Sylvain. Avec les jumelles, je n'arrive pas à voir d'où les kites se lancent; en fait, chose vraiment inhabituelle et étonnante, les locaux gonflent les kites dans leur barque ou hors bord, démêlent et installent les lignes dans l'eau, protégé du vent par la mangrove. Le vent n'est pas très fort, mais

suffisant pour en faire. Le plaisir est surtout d'être avec d'autres kiters, dont de très jeunes (7 et 9 ans). Cela a été pas mal folklorique pour plier le kite sur le dinghy puis le faire sécher sur le cata. Pendant que je m'éclatais, Rapha. et Sylvain faisaient connaissance avec les gens. L'ambiance était particulière; des tas de hors-bord, barques, petits voiliers qui s'agglutinent autour d'un ilot de 30 mètres de diamètre recouvert de palétuvier; pas de plage, juste de l'eau tiède, avec 30 cm minimum de profondeur au niveau des palétuviers.

Les gens, principalement des familles, boivent, mangent, écoutent de la musique, font des BBQ ( dans l'eau, à moins que l'embarcation en soit équipée) jouent, toute la journée dans l'eau. Les glacières et affaires sont posées ou accrochées aux palétuviers.

En soirée, les bateaux rejoignent la berge et passent à côté du catamaran en faisant des vagues. Nous avons droit à chaque fois aux saluts des gens, souvent proportionnellement chaleureux au degré d'alcool. La famille de kiters nous invite à passer les voir si nous nous arrêtons vers chez eux. Rapha avait pris plusieurs photos d'eux.

Isla Magueyes : 10 février

La matinée a été très pénible : comme trop souvent, la période de l’école s’est mal passé, les enfants ne cherchant qu’à se chamailler mutuellement, et Gaétan essayant – avec succès – à repousser et dépasser les limites de notre patience. À bout de nerfs, nous décidons de visiter le village et nous réapprovisionner en nourriture avant le diner. Le village est désert, mais le nombre de bars, restaurants et activités touristiques indique la vocation touristique de l’endroit. Nous trouvons un petit supermarché, bien approvisionné et pas cher. Nous terminons la matinée par une longue promenade en dinghy le long de la berge. De jolies maisons colorées, sur pilotis, dépassent de la mangrove. Des bateaux de toutes tailles sont ancrés ou accrochés à des bouées ou directement à la mangrove. Environ 7 kites sont visibles au loin, à Enriquez Bay. Nous laissons passer un violent grain puis rejoignons le spot de kite avec le catamaran. De nombreuses bouées permettent de s’accrocher. Nous discutons avec les kiters : tous semblent « étrangers » (américains); ils ont loué un bateau avec un guide et instructeur de kite local pour venir pratiquer ici. Nous laisserons passer un autre grain avant de rejoindre la Bay Phosporescente, à quelques miles de là. Un peu après la tombée de la nuit, un bateau d’excursion touristique nous rejoint : les quelques touristes se baignent environ une heure dans cette eau très spéciale puis repartent. Nous faisons un tour de dinghy, d’abord au moteur, puis avec les rames, avec une jambe à l’extérieure, trainant dans l’eau. Les jambes et les coups de rames laissent des trainées lumineuses dans l’eau. Une fois la nuit noire installée, nous nous baignons avec nos masques. C’est génial!!! des particules lumineuses, comme des étincelles, semblent se détacher du corps. J’ai l’impression d’être l’homme de feu, l’un des héros du film « les 4 fantastiques ». Plus on bouge, plus les particules dans l’eau dégagent de la lumière... En plus, l’eau est tiède. Quel dommage que nous n’ayons pas d’appareils photo ou caméras capables d’enregistrer ce phénomène! C’est vraiment étonnant.

16 février : Guanica et Isla Cara de Muertes

Après la Baie bio luminescente, nous nous arrêtons à Guanica, une baie profonde, autrefois industrialisée entre autres par la plus grande usine de cannes à sucre des Caraïbes. Celle-ci a été fermée suite à la concurrence, entre autres de la République Dominicaine. Il ne reste qu’une grande friche industrielle, avec cheminées et hangars abandonnés recouverts de végétation. Avec Raphaëlle, il nous prend un de nos délires : acheter le terrain de la friche et y faire une grande marina, avec entreposage au sec. L’endroit est au fond de la baie et est considéré comme trou à ouragan... un des seuls, sinon le seul, à Puerto Rico... Une grande randonnée nous permet de visiter une plage à l’entrée de la baie puis le fort qui domine toute la région. à 360 degrés.

Nous nous rendons ensuite à quelques milles de là, à la Punta Jacindo. Nous visitons la mangrove environnante et le petit parc : des navettes font des aller-retour pour amener les touristes au parc. Un voilier semble en difficulté à quelques mètres de notre catamaran : des dinghys tournent autour de lui. Il s’est échoué et n’arrive pas se dépêtrer. Nous venons donner un coup... de dinghy. C’est finalement Rafael, un local, qui arrive à bouger le voilier en tirant le haut du mat avec sa barque très puissante.

Le plan d’eau étant très protégé, nous ferons du wake (planche tirée par le dinghy) : Je suis très fier de Sylvain et Gaetan qui sont capables maintenant de faire de longues distances sans tomber. Nous rencontrons plus tard ce Rafael en nous promenant dans le village Punto Jacindo. Il nous invite à visiter sa propriété et nous propose de nous emmener visiter les environs en voiture. Il s’arrête devant les baraques de fruits et légumes au bord de la route pour que nous puissions nous réapprovisionner. Nous visitons le pont suspendu et rentrerons par le centre-ville de Guanica. Rafael nous surprend par son envie d’aider autrui. Ce qu’il fait pour nous, il le fait pour tout le monde. Il le fera aussi pour Stéphane et Sara, les voyageurs du voilier en difficulté, avec qui nous souperons le soir même. Rafael est capitaine d’un grand bateau en Louisiane, sur le Missippi; un Bateau à aube, qui sert aussi de casino. Lorsqu’il revient chez lui, à Puerto Rico, il s’occupe de ses nombreux appartements locatifs, de louer des kayaks et de promener les touristes sur son bateau à moteur. Merci à Raphael pour son grand cœur. Le lendemain, nous referons du wake puis je rejoindrai des locaux qui tenteront de faire du kite malgré le peu de vent. Je n’ai pas sorti mon kite et j’ai bien fait : pas envie de suer alors que le vent n’est pas bon. Par contre, je prêterai ma super grande planche – faite maison – à un des kiteurs particulièrement impatient de pratiquer. Il nous faudra aller le chercher en dinghy, à plusieurs kilomètres de là, car il s’est éloigné mais n’arrivait pas à revenir.

Nous rencontrons également les occupants du voilier Free Range : Sara et Stéphane. Nous passerons ensemble deux soirées très sympathiques. Lui, pilote d’hélicoptère d’origine suisse et elle, américaine, vivant dans les montagnes du Colorado et passionnés d’escalade. Nous nous retrouverons deux jours plus tard à la Isla Cara de Muertos, puis à Salinas. Cela fait plaisir de rencontrer des gens chaleureux et de partager nos expériences. Ils suivent le même trajet que nous, accompagnés de deux autres bateaux copains américains.

L’ile de la Muerta est vraiment belle : un sentier la traverse de bout en bout et permet de monter jusqu’au phare d’où la vue est magnifique. Des cactus géants bordent le sentier.

Les moustiques se régaleront lors de notre passage... Nous pique-niquerons au phare. Il y a 2 et 4 bouées sur les deux endroits d’ancrage indiqués; ces bouées sont utilisables uniquement en journée, nous irons donc nous ancrer – sans problème – un peu plus loin : le fond est sablonneux. L’eau est très claire. Bien plus agréable pour se baigner que le long de la cote! Une navette dépose les visiteurs le matin, et les reprend en fin d’après-midi. En fin de semaine, de nombreux bateaux à moteur et voiliers s’ajoutent, mais tout le monde, à part les voyageurs au long court comme nous, s’en va rejoindre le « continent » le soir.

Salinas, 17-18-19 février

Nous quittons l’ile de la Muerta pour Salinas une heure après nos amis du Free Range. Probablement une heure trop tard, car le vent monte rapidement jusqu’à 20 nœuds, de face. Ce sont surtout les vagues, hautes et très courtes, qui rendent l’étape inconfortable. Le catamaran « escalade » une vague, puis retombe durement de l’autre coté. À un moment, nous passerons... dessous. C’est la première fois que le catamaran est arrosé intégralement. Nous avançons au moteur à 2 nœuds (4 km/h) avec des pointes à 4. Après 3 heures de navigation, nous décidons de nous réfugier dans la baie de Jauca, au pied d’un immense champ d’éolienne. La nuit ne sera pas confortable à cause du swell.

Le lendemain, nous nous rendons à Salinas, à 5 miles de là. Nous y rencontrons l’équipage québécois du Marana, avec qui nous passerons plusieurs soirées et une journée d’excursion à Ponce.

La baie de Salinas est remplie de bateau à l’ancre, peut être une cinquantaine. Il reste cependant de la place pour s’ancrer, même si la tenue reste parfois à désirer. Le Free Range « décrochera » lors d’un coup de vent. Il nous faudra plusieurs tentatives pour être certain que la nôtre tienne par fort vent. La marina de Salinas est ouverte aux bateaux ancrés à l’extérieur. Elle met à disposition libre les sanitaires, la salle de lavage (2 $/machine), la piscine et des poubelles. Le bar, à côté de la piscine, a des prix très raisonnables (1.3 $ la bière). En s’adressant à la réception, on peut se procurer une voiture de location : l’agence vient nous chercher à l’heure convenue et il suffit de rendre la voiture à la marina. Il y a une quincaillerie bien fournie et un endroit presqu’ en face pour remplir ou échanger les bouteilles de propane (500 m de la marina). Un centre commercial, avec un supermarché (Selectos) très bien approvisionné, se trouve à environ 2 km. Nous visitons le centre-ville de Ponce (+/- 30 km), avec sa grande place, ses statues de lions multicolores, son musée des pompiers et églises. Un local nous indique un restaurant bon et pas cher : on nous sert d’énormes assiettes pour environ 6 $. Dans la mienne, à ma demande, ils m’ont mis de tout : poulet, porc, riz, bananes plantain, banane sucrée fris... La journée se termine au Walmart (hypermarché) : la voiture sera remplie de provisions : bonjour le portefeuille... Le soir, nous retrouvons Le Marama pour un « bière-fromage » communautaire; cela faisait des mois que nous en rêvions! Après longue réflexion, nous reculerons notre départ de Salinas, car le vent est censé monter les prochains jours. L’étape précédente a laissé un mauvais souvenir et nous ne voulons éviter de la répéter. D’autant plus que l’ancrage à Salinas est sympathique : les enfants adorent aller à la piscine et il y a pleins de bateau avec qui parler, dont des Français.

Isla Palominos, 27 février

L’ancrage devant la marina Puerto del Rey étant inconfortable, nous nous rendons à Isla Palominos, à 5 miles. Il y a là une quinzaine de bouées d’amarrage très bien entretenues et faciles à prendre. Sur l’ile, plusieurs belles plages s’offrent aux nombreux visiteurs amenés par des navettes durant la journée. On y trouve également quelques restaurants, bars, marchands de souvenirs, location de serviettes, snorkeling et activités de plage, des sanitaires, une infirmerie et quelques chemins qui mènent à plusieurs observatoires et à une plage coté océan. Les bouées sont « de jour ». Cependant, le fond ne semble pas du tout favorable pour s’ancrer (roches, coraux et sable dur); nous resterons donc accrochés à la bouée 4 nuits d’affilée sans être inquiétés. Nous observerons de gros iguanes.

À environ 300 mètres de l’ile principale, un ilot de sable au milieu d’un lagon de corail semble être idéal pour faire du kite.

Lors des deux nuits, quelques voiliers resteront également accrochés aux bouées. L’ile est désertée la nuit, sauf le week-end.

Fajardo : Puerto del Rey, 25 février

La marina est visible de loin. La houle reste forte jusqu’à l’entrée; il faut virer complètement à gauche et suivre le canal le long de la jetée pour rejoindre le quai à essence et, tout au fond, les élévateurs de bateaux. La marina est immense, mais il semble y avoir encore beaucoup de places libres.

En plein milieu des quais se trouve un bâtiment brun : les sanitaires. Des sanitaires plus grandes, la buanderie, le mini supermarché et le bureau de réception se trouvent sur terre, derrière le bar-restaurant. Des gens, personnels de la marina ou entrepreneurs habilités, s’affairent sur les docks. Nous sommes ici pour rencontrer un technicien Volvo (le seul dépositaire officiel de l’ile et de BVI). Nous avions les tarifs pour soulever le catamaran et faire des travaux de deux marinas : celle de Palmas del MAR, et celle de puerto del Rey, au sud de Fajardo. Il y a de grosses disparités dans les prix; pour 3 jours, Puerto del Rey est plus intéressante, mais pour une semaine, c’est Palmas DEL MAR... 1.65 $/pied/jour contre 1 $. Nous retournons discuter avec le manager de Puerto del Rey et exposons franchement et sincèrement notre dilemme en comparant les tarifs; celui-ci tient à nous avoir et fait alors de gros efforts; la proposition qu’il nous fait alors (un peu moins de 765 $ pour 5 jours) semble maintenant imbattable; cela comprend le retrait puis la remise à l’eau du bateau, la mise sur cales, 5 jours à sec sur le chantier, l’électricité et l’eau, possibilité de vivre à bord, et l’aide pour retirer les 2 moteurs avec un chariot élévateur. Il y a des pratiques douteuses que je me suis permis de reprocher; pour la plupart des travaux, il faut passer par les entrepreneurs de la marina, qui ont des tarifs exagérés; exemple : 3.5 $/pied pour le lavage HP de la coque au sortir de l’eau. Il n’est pas possible de nettoyer soit même, ou faire l’antifouling ou des travaux sur la coque... Le manager et son assistant montreront cependant beaucoup de souplesse afin de nous retenir. Nous avons rendez-vous 4 jours plus tard, pour la mise au sec.
L’ancrage devant la marina est petit, venteux et inconfortable. Mais l’ancre tient bien. Pour se rendre à terre, il faut passer par la marina; Il y a bien une rive, mais la houle rend dangereux l’accès en dinghy.