Première traversée de plusieurs jours

Carnet de bord de Jacques

Janvier 2015

Contrairement au carnet principal, les archives se lisent de haut en bas...

Traversée des Turks and Caicos (UK)
à Puerto Rico (USA)

16-17-18 janvier

Traversée Turks et Caicos – Puerto-Rico :

Nous avions décidé de contourner la Répubilque Dominicaine : la corruption systémique et les tracasseries administratives pour circuler dans ce pays nous ont rebutés. Pourtant, nous aurions beaucoup aimé le visiter; tout comme Cuba. Une autre fois peut-être... Exemple : il faut un « despacio » pour circuler en bateau. À chaque escale, ce document doit être tamponné à l’arrivée puis au départ. Il faut bien sûr arroser tout le monde au passage, les vrais officiels, les amis des officiels et les faux officiels.
De Puerto-Rico, le port d’entrée le plus proche des Turks et Caicos (en tous cas celui qui semble très pratique pour les formalités d’entrée) est Mayagüez, à environ 330 miles (environ 600 km). Ce sera donc une traversée de plusieurs jours. Nous avons attendu une semaine à Cockburn harbor qu’une fenêtre météo favorable s’ouvre. 3 jours ou le vent ne sera plus uniquement est ou sud-est, entre 15 et 25 nœuds, c’est-à-dire en pleine face. Il serait alors entre 0 et 15 nœuds, dans tous les autres sens.
La fenêtre météo tant attendue s’ouvre finalement un jour plus tôt qu’annoncé. Au réveil, lorsque nous nous apercevons que le vent a faibli et changé de direction, nous décidons de partir. Le temps d’accoster au quai de la seule « marina » afin de remplir les réservoirs d’eau et d’essence, vérifier les niveaux d’huile et de liquide de refroidissement et changer l’huile d’une des transmissions dans laquelle de l’eau a été détectée, il est déjà 11 heures. La première journée se fera à la fois avec les voiles et un moteur allumé, afin de garder une vitesse approximative de 5 nœuds (en dessous, j’ai l’impression de ne pas avancer!). Nous quittons donc les Turks et Caicos, heureux de tourner une autre page de notre voyage, heureux de rejoindre Puerto-Rico, mais tout de même un peu anxieux quant à la traversée; les prévisions météo s’avèreront elles correctes? Le moteur qui fonctionne correctement tiendra-t-il? En effet, le deuxième moteur (la transmission) a été réparé très sommairement et risque de lâcher définitivement à tout moment : nous ne l’utiliserons donc que si nous y sommes vraiment obligés. Le vent et les vagues sont 3/4 de face, mais nous avons vu pire. Cela secoue pas mal. Je trouve la première nuit de navigation éprouvante : contrairement à d’habitude je n’arrive pas à m’endormir facilement; le bruit du moteur, des vagues qui frappent la coque, des voiles qui flacotent par manque de vent et le roulis irrégulier me perturbent. Avec Rapha, nous nous relayons toutes les 2 ou 3 heures. Pendant la veille, nous nous occupons chacun à notre manière : on écoute de la musique, on lit, regarde des films sur la tablette, écrit le blogue, et bien sûr, on vérifie que le cap est bon et que tout fonctionne bien sur le bateau : réglage des voiles, moteur, instruments de bord, inspection visuelle du bateau et des alentours. Je trouve difficile de garder les yeux ouverts après deux heures de veille et attends impatiemment la relève. Au cours de la nuit, nous éteignons le moteur puis prenons un Ris (= nous descendons un peu la grand-voile afin d’avoir moins de prise au vent = plus sécuritaire en cas d’augmentation soudaine du vent) car le vent monte et s’approche de 10-15 nœuds. Le lendemain, le vent reste constant aux alentours de 13 nœuds et les vagues diminuent, rendant la navigation plus agréable, avec des pointes à 8 nœuds. Nous tentons de récupérer l’absence de repos de la nuit précédente en faisant des siestes. Comme toujours, Rapha concocte d’excellents repas : salade de conque fraiche, sushis avec le poisson pêché dans la journée, brioche, filets de poissons frais... Dommage que les enfants n’y fassent pas toujours honneur!. Les enfants passent la journée à lire, jouer ensemble et en solitaire, jouer et regarder des films sur la tablette, et se chamailler. Les 3 ou 4 jours vont être longs pour eux, même s’ils apprécient de ne pas avoir d’école pendant ce temps. En 24 h, nous aurons parcouru 130 miles.
La nuit suivante le vent retombe de nouveau et nous allumons le moteur pour garder une vitesse constante; la mer est de moins en moins agitée : la nuit sera plus tranquille.